Oedeme pulmonaire chez des sujets en bonne santé mais en conditions extrêmes

Salut les apnéistes!  

comme suite à l'article précédent traitant de l'augmentation des "signatures" d'oedeme pulmonaire suite à la pratique de l'apnée, voici un article qui répond justement pas mal aux questions que je posais à la fin dudit article précédent.  

Il s'agit d'une étude bibliographique italienne intitulée "Oedeme pulmonaire chez des sujets en bonne santé mais en conditions extrêmes" et réalisée par Erika Garbella et ses collaborateurs. Cette étude est parue en avril 2011 dans la revue "Pulmonary medicine" (voir ci-dessous pour la référence complète).  

Tout d'abord, qu'est-ce que l'oedeme pulmonaire? C'est l'accumulation de fluide interstitiel qui comprime les petites voies aériennes. En d'autres, mots,  c'est une accumulation de liquide au niveau des poumons, qui les empêche de jouer leur rôle.  

Il faut savoir que la barrière sang-gaz pulmonaire (on pense ici surtout à ces petits sacs d'air recouverts de vaisseaux sanguins que sont les alvéoles pulmonaires) est soumise de manière continue à des stress mécaniques. Il suffit de penser à ces petits sacs lors d'un mouvement ventilatoire (inspirer-gonfler, expirer-dégonfler, et ainsi de suite). Les excercices faisant jouer l'endurance vont conduire non seulement à un stress hormonal, thermique mais va également toucher les muscles et aussi potentiellement toucher la microvasculature des poumons et par conséquent l'intégrité tissulaire des poumons. Une intégrité altérée est synonyme de perméabilité augmentée, qui va conduire à l'oedeme.   

Les auteurs ont repris 3 modèles de conditions extrêmes: (1) les athlètes Ironman, (2) les alpinistes et (3) les apnéistes. Ces derniers ont été suivis notamment au niveau des "comètes" détectées à l'aide des ultrasons comme dans  l'article précédent.  

(1) Concernant les athlètes participants à l'Ironman (c'est-à-dire au triathlon se composant de 3,86 km de nage, 180,25 km de vélo et 42,195 km de course à pieds), il n'est pas difficile de comprendre que leur corps et ce compris, les poumons évidemment soient mis à rude épreuves. Ainsi, il a été mesuré une augmentation significative des ces comètes après l'effort considérable que ces ultratriathlètes procurent. Cependant, une étude a montré que ces blessures étaient déjà partiellement soignées 12h après avoir fourni l'effort.

(2) Concernant les alpinistes, la présence de comètes a été détectée chez 100% des alpinistes au-dessus de 4790m. Ce phénomène semble être corrélé avec la baisse de la concentration d'oxygène ambiant mais les mécanismes sous-jacents sont encore méconnus. Ces comètes semblent disparaîtres lorsque les alpinistes redescendent.

(3) Concernant les apnéistes professionels (14 apnéistes descendant entre -30 et -112m en poids constant), les dommages aux poumons seraient le fait du bloodshift. Ce phénomène correspond en effet à un reflux du sang de la périphérie du corps (bras et jampes) vers les organes nobles dont les poumons font partie. Cette adaptation (faisant partie du réflexe mammalien) permet d'éviter l'écrasement de la cage thoracique sous l'effet de la pression qui augmente avec la profondeur. Cepedant, de nouveau, les chercheurs ont observé que les anomalies détectées par ultrasons étaient complètement résorbées 24h après la plongée.

En conclusion, de l'avis même des auteurs de l'étude, il est actuellement impossible d'évaluer le caractère bénin ou pas de cette adaptation (apparition/disparation des "comètes") aux environnements extrêmes. De plus, la méthode utilisée est si sensible qu'elle peut même détecter des oedèmes "non-pathologiques". Dans ce cas, c'est le principe de précaution qui prévaudra.

Concernant l'apnée, cette étude met de nouveau en avant le caractère progressif que l'entraînement doit avoir. Il faut habituer son corps "par petites doses" à cette environnement extrêmes qu'est la plongée profonde en apnée. Pour terminer, nous venons également de voir que pratiquer l'apnée n'est pas plus dommageable (ni moins d'ailleurs!) que le triathlon ou l'alpinisme...Il faut donc rester bien conscient que l'on pratique un sport extrême.

Voici la référence complète que je peux fournir sur demande:

Garbella E, Catapano G, Pratali L, Pingitore A Pulmonary edema in healthy subjects in extreme conditions. Pulm Med 2011: 275857.

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Felice

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