Littérature - Numéro 5

Bonsoir!

comme promis, voici le dernier article (pour le moment:-) de notre série sur la carpe (ou insufflation glossopharyngienne-GI- ou encore "packing" en anglais). Il s'intitule "Influence du volume pulmonaire, des insufflations glossopharyngiennes, du PET O2 et PET CO2 sur les performances de plongeurs en apnée" par Kristian Overgaard et collaborateurs (voir ci-dessous pour la référence complète).

Dans cet article, qui date de 2006, les auteurs se sont attachés à tester si la pratique de la carpe améliorait de manière significative les performances en apnée, ce qui n'a jamais été étudié avant. Cette étude prend tout son sens vu que l'on pourrait spéculer que l'effort musculaire et le temps nécessaire pour carper avant son apnée pourraient oblitérer les avantages de l'augmentation de volume d'air apporter dans les poumons.

Ils ont pour cela testé 3 volumes inspirés différents: (1) 85% de la capacité vitale (VC), (2) VC et (3) VC+GI sur les performances en apnée statique (à sec) et en apnée dynamique sans palmes chez 7 apnéistes trentenaires bien entraînes et ayant au moins 2 ans d'expérience de l'apnée. Il est à noter que les expérimentateurs ont autorisé la pratique de l'hyperventilation (!).

Voici les dimensions caractéristiques moyennes des poumons des sujets qui ont été mesurées par les auteurs: Volume résiduel (RV): 2.53 L, VC: 7,20L, ce qui nous donne une capacité pulmonaire totale (TLC): 9,73 L. Ces valeurs sont significativement plus importantes que les valeurs normales qui ont été estimées à partir d'équations dérivées de la population sur base de l'âge, du poids et du genre des sujets.

Les résultats obtenus pour l'apnée statique (à sec) sont repris au Tableau 1. On peut voir que la pratique de la carpe (VC+GI) permet d'augmenter le temps d'apnée d'environ 40sec par rapport au volume pulmonaire normale (VC) et (forcément) par rapport à 85% du VC. Il existe donc une relation linéaire entre le volume pulmonaire et le temps d'apnée statique vu que plus on a d'air dans les poumons, plus on reste longtemps. Il n'y a donc pas d'effets délétères directement visibles à pratiquer la carpe comme on l'avait spéculé plus haut dans le second paragraphe.

Tableau 1. Résultats après une apnée statique (à sec) maximale pour les 3 volumes pulmonaires testés.

Les données sont des moyennes obtenues à partir des 7 sujets. a, c: différent de VC+GI. b: différent de VC.

Les résultats obtenus pour l'apnée dynamique sans palmes sont repris dans le Tableau 2. Ici, réaliser des mouvements de carpe (VC+GI) permet d'augmenter la distance parcourue en dynamique sans palmes d'environ 9m en moyenne.  Et il y a de nouveau une relation linéaire entre le volume pulmonaire et la distance parcourue.

Tableau 2. Résultats après une apnée dynamique sans palmes maximale pour les 3 volumes pulmonaires testés.

Les données sont des moyennes obtenues à partir des 7 sujets. a, c: différent de VC+GI. b: différent de VC.

Le rythme cardiaque a également été mesuré en début et fin d'apnée pour les 3 volumes testés. Ainsi, en apnée statique à sec, le rythme cardiaque est passé de 74 battements par minutes (bpm) (pour 85%VC), 79 bpm (pour VC) et 84 bpm (pour VC+GI) en début d'apnée à 59 bpm, 56 bpm et 51 bpm respectivement. En apnée dynamique sans palmes, aucune différence significative n'a été trouvée au niveau des différents volume pulmonaire testés. Cependant lorsque toutes les données sont rassemblées, il y a une diminution significative du rythme cardiaque, celui-ci  passant de 97 bpm à 69 bpm en moyenne en fin d'apnée dynamique. Ces données montrent que la pratique de la carpe n'a pas d'effet significatif sur la bradycardie bien connue qui est induite par la pratique de l'apnée.

Pour résumé, l'étude montre que la carpe a un effet bénéfique sur la pratique de l'apnée puisqu'elle permet d'augmenter le temps en apnée statique et d'augmenter la distance parcourue en apnée dynamique, ce qui était connu de manière empirique. Cependant, le gain reste minime avec 40sec gagnées en moyenne en statique et 9m gagnés en moyenne en dynamique. Cela montre à quel point cette pratique doit être poussée et combinée à un entrainement très spécifique afin d'atteindre des temps d'apnée statique faramineux (comme le recordman Stéphane Mifsud qui retient sa respiration pendant 11min35, par exemple;-).

Commentaires personnels:

1) Comme suggéré dans l'article précédent, le gain principal de la carpe pourrait être d'augmenter le volume pulmonaire et ainsi augmenter le tampon lorsque l'on pratique l'apnée en profondeur (je suis toujours à la recherche d'une étude ayant pris ce problème comme sujet d'étude).

2) Je tiens également à préciser que les auteurs de l'étude ont fait des mesures de pression d'oxygène et de CO2 mais vu qu'ils ont autorisé la pratique de l'hyperventilation chez les athlètes, leur mesures (sont certainement correctes mais) n'apportent aucun élément pertinent selon moi. En effet, nous savons très bien que la pratique de l'hyperventilation diminue très fortement le taux de CO2mais n'affecte que très très peu le taux d'oxygène (voir par exemple, Fèvre, 1997).

3) Vu la capacité pulmonaire moyenne des sujets étudiés (7L) et leur 2 années d'expérience, on peut tout de même se poser la question de leur niveau technique car si, en statique (qui ne necessite pas de technique particulière a priori), le temps est très respectable (plus de 5min sans carper), en dynamique sans palmes les distances sont relativement faibles (70m sans carper). Ainsi, les effets de la carpe, bien que minimes sur les performances, semblent tout de même confirmés.

Voici la référence complète de l'étude que je peux fournir sur demande:

Overgaard K, Friis S, Pedersen RB, Lykkeboe G (2006). Influence of lung volume, glossopharyngeal inhalation and P(ET) O2 and P(ET) CO2 on apnea performance in trained breath-hold divers. Eur J Appl Physiol 97: 158-64.

et la référence du bouquin de Fèvre:

Fèvre F. " L’apnée glisse en monopalme".  Ed. Chiron, Paris, 1997. 142p.

Comme d'habitude, n'hésitez pas en cas de questions ou pour proposer d'autres sujets à traiter.

A bientôt,

 

Felice

 

 

 

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